Annulation de la dette : de la poudre aux yeux

par Thomas Gadisseux

Mécanisme de transfert des richesses des populations du Sud vers les créanciers du Nord -les riches du Sud prélevant leurs « commissions » au passage-, la dette des pays en voie de développement s’est imposée à notre monde occidental comme un problème majeur et inadmissible. En 1996, face à l’ampleur de la crise de la dette, les grands argentiers et les institutions monétaires internationales (FMI et Banque Mondiale) décident de lancer un projet pour tenter d’alléger la dette des pays pauvres : l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). Mais cette annonce, fort médiatisée, d’annulation est controversée. Elle ne s’adresse qu’à un nombre limité de pays -42 sur 165 des Pays En Développement- et s’oriente vers une « soutenabilité » de la dette, et non une réduction. Damien Millet, du Centre pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) met en garde : « cette initiative sert avant tout à renforcer et à relégitimer les politiques d’ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI. Malgré une apparence de changement, la logique demeure ». En effet, les mesures sont insuffisantes : seuls 11% des pays en voie de développement sont concernés par l’initiative. Il faut être pauvre et endetté. Ainsi, Haïti, l’un des pays les plus pauvres au monde, n’est pas jugé assez endetté pour recevoir l’aide. Et Les mesures apparaissent inadaptées : les institutions internationales ne font que renforcer le cercle vicieux de l’endettement. L’initiative PPTE ne vise donc qu’à garantir la continuité des remboursements. Si l’objectif est bien de réduire la pauvreté, les conditions d’ouverture commerciale et de libéralisation économique imposées par le FMI, Banque mondiale ou OMC, ne développent pas le bien-être social et ne font qu’accroître la pauvreté.

Pour bénéficier de cette aide d’allégement, le pays doit présenter de nombreux critères. Durant les trois premières années du programme, il doit se soumettre à une politique économique approuvée par Washington, sur base d’un document spécifiant les privatisations, les mesures de dérégulation économique (le Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté). Au bout de cette première phase de trois ans, le FMI et la Banque mondiale jugent de la « soutenabilité » de la dette concernée. Ils évaluent le rapport entre la dette et les exportations. Si ce ratio est supérieur à 150%, la dette est estimée « insoutenable ». Le pays peut ainsi poursuivre sa politique de réformes-clés et peut recevoir une aide intérimaire. Au terme du deuxième processus « flottant » (pas de limite de durée), le pays bénéficie d’une réduction de sa dette extérieure de façon à la rendre « soutenable ». On soulage le pays afin qu’il puisse continuer à payer au maximum. Mais l’on ne libère pas le développement des pays pauvres, on rend simplement leur dette vivable. De plus, la réduction des remboursements s’étale sur plusieurs années, pendant lesquelles la dette ne cessera de se reconstituer.

En novembre 2003, vingt-sept pays ont atteint la première phase et huit ont terminé le processus et bénéficient de l’aide. L’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin. Le Laos, également bénéficiaire potentiel a refusé d’entamer les réformes économique qui découlent de l’initiative PPTE. Ses dirigeants ont estimé qu’elles apportaient plus d’inconvénients que d’avantages. Pour exemple : L’Ouganda, allié privilégié des Etats-Unis en Afrique centrale, a été le premier pays bénéficiaire de cette aide d’allégement de sa dette bilatérale. Les sommes libérées pour l’initiative PPTE on permis la gratuité de l’école primaire. Certes la scolarité a augmenté mais la chute du cours du café, la principale ressource du pays, a privé le pays d’autant de capitaux que ceux libérés par l’initiative PPTE. Un leurre, donc.