Homme de plume, psychiatre, militant anti-colonialiste pour l’indépendance de l’Algérie, Frantz Fanon pensait que le courant de la négritude n’était qu’un cap à franchir, qu’il se devait d’être dépassé. Atteint d’une leucémie, il ne connaîtra jamais l’Algérie libre. Portrait d’un révolté par son fils, Olivier Fanon.
Franzt Fonon, homme à multiples facettes
Né en 1925 aux Antilles, Frantz Fanon va s’engager dans la lutte pour la liberté dès l’adolescence. En effet, pendant la deuxième guerre mondiale, les gouverneurs des Antilles sont pétainistes. Comme quelques milliers d’Antillais, il va faire le voyage jusqu’à Sainte-Lucie, l’île la plus proche sous domination britannique, pour faire dissidence et s’engager dans les forces libres du général De Gaulle. Cette première approche du combat militant l’a-t-elle marqué à jamais ?
Mon père a participé aux troupes qui ont libéré la France en 1945. Il était engagé dans l’armée française. Ce premier engagement est aussi sa première confrontation avec la discrimination raciste envers les Noirs, au sein d’une armée qui, pourtant, combattait le fascisme. Á partir de là, Fanon développera ses théories anti-colonialistes.
Suite à ses études de médecine psychiatrique en France, il se rend en Algérie, un choix ?
Non, pas vraiment. Au départ, il avait fait une demande pour un poste à Dakar, qui n’a pas abouti. Ensuite il a tenté la Côte d’Ivoire ; mais cela n’a pas marché non plus. Finalement, il entre en fonction à l’hôpital de Blida en Algérie en 1952.
C’est une fois en Algérie, qu’il va développer le concept du « mal du déracinement » ?
Effectivement. Une fois arrivé là-bas, il s’est rendu compte du mal dont souffraient les malades, ou plutôt les prisonniers. Dans ce service psychiatrique, les malades algériens n’avaient aucun respect, aucune trace d’humanité de la part des médecins français. En réalité, ils souffraient du mal du colonisé qui était annihilé, qui n’avait aucune identité. Le patient, souffrant du fait de sa colonisation et de sa maladie pathologique, était encore traité moins bien qu’un animal. Cela a été le catalyseur pour Fanon et son engagement pour la cause algérienne a quasi été immédiat. Il a fait une rupture totale avec la France et a soumis sa démission au Ministre Président qui était Lacoste à l’époque.
C’est à partir de ce moment là qu’il a rejoint le Front de Libération Nationale ?
Il été expulsé d’Algérie par les autorités françaises et a rejoint le FLN à partir de Tunis. A cette époque, il a travaillé très sérieusement à la libération de l’Algérie.
Il a tout de même parfois été critiqué pour ses façons d’agir.
Mon père avait des idées précises sur la lutte. Pour lui, l’indépendance ne se donne pas, elle s’arrache. Selon lui, la violence, si elle a un but stratégique, est légitime. Certaines personnes ne l’ont pas accepté. Par contre, il a été compris par Che Guevara, Diap,.. En gros, par les révolutionnaires, qui préfèrent l’action au verbiage. Les premiers chapitres des « Damnés de la terre » par exemple, sont très violents. Il ne faut pas oublier qu’ils parlent de la Conférence de Bandung, qui accordait l’égalité de traitement à tous les peuples du monde. D’après mon père, le passage obligé était la lutte pour l’indépendance, elle ne s’acquiert pas facilement.
Vous abordez le sujet de la littérature. Son essai, « Peau noire et masque blanc » a fait l’effet d’un pavé dans la mare ?
Ce livre sort en 1950. Fanon y fait une rupture avec la France. Venu faire ses études en métropole, son image de noir lui était renvoyée à la figure. Selon lui, tous les colonisés se rendent compte de leur noirceur une fois qu’ils arrivent en France.
Un des grands regrets de votre père a sans doute été de ne pas connaître l’Algérie indépendante.
Ce sont à peu près ses derniers mots avant qu’il embarque pour Washington. Il est mort très jeune car il était atteint d’une leucémie. Il a été traité à Moscou mais ça n’a rien donné, les techniques modernes à l’époque étaient du ressort des Américains, donc il a été envoyé à Washington fin novembre 61. Fanon a dit à ses amis qui l’avaient accompagné à l’aéroport de Tunis que sa plus grande déception serait de ne pas voir l’Algérie indépendante. En tout cas, il est mort algérien.
Fanon a été un des grands penseurs du XX° siècle, son impact se ressent-il encore aujourd’hui ?
Fanon est au centre de l’actualité. D’ailleurs, le IX° salon du livre à Alger lui a dédié un séminaire de deux jours. Fanon était un visionnaire, un acteur plus actif que passif dans la mouvance de Bandung. Cependant, je refuse qu’on en fasse une icône. Certains intellectuels ont essayé de s’approprier Fanon, de le déifier. Mais il faut le remettre dans le contexte de la décolonisation. Son impact actuel se mesure dans la simplicité de son message : défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quand on voit ce qui se passe en Irak, on s’aperçoit que c’est toujours d’actualité.
Interview: Frantz Fanon, le psychiatre militant
Annulation de la dette : de la poudre aux yeux
par Thomas Gadisseux
Mécanisme de transfert des richesses des populations du Sud vers les créanciers du Nord -les riches du Sud prélevant leurs « commissions » au passage-, la dette des pays en voie de développement s’est imposée à notre monde occidental comme un problème majeur et inadmissible. En 1996, face à l’ampleur de la crise de la dette, les grands argentiers et les institutions monétaires internationales (FMI et Banque Mondiale) décident de lancer un projet pour tenter d’alléger la dette des pays pauvres : l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). Mais cette annonce, fort médiatisée, d’annulation est controversée. Elle ne s’adresse qu’à un nombre limité de pays -42 sur 165 des Pays En Développement- et s’oriente vers une « soutenabilité » de la dette, et non une réduction. Damien Millet, du Centre pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) met en garde : « cette initiative sert avant tout à renforcer et à relégitimer les politiques d’ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI. Malgré une apparence de changement, la logique demeure ». En effet, les mesures sont insuffisantes : seuls 11% des pays en voie de développement sont concernés par l’initiative. Il faut être pauvre et endetté. Ainsi, Haïti, l’un des pays les plus pauvres au monde, n’est pas jugé assez endetté pour recevoir l’aide. Et Les mesures apparaissent inadaptées : les institutions internationales ne font que renforcer le cercle vicieux de l’endettement. L’initiative PPTE ne vise donc qu’à garantir la continuité des remboursements. Si l’objectif est bien de réduire la pauvreté, les conditions d’ouverture commerciale et de libéralisation économique imposées par le FMI, Banque mondiale ou OMC, ne développent pas le bien-être social et ne font qu’accroître la pauvreté.
Pour bénéficier de cette aide d’allégement, le pays doit présenter de nombreux critères. Durant les trois premières années du programme, il doit se soumettre à une politique économique approuvée par Washington, sur base d’un document spécifiant les privatisations, les mesures de dérégulation économique (le Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté). Au bout de cette première phase de trois ans, le FMI et la Banque mondiale jugent de la « soutenabilité » de la dette concernée. Ils évaluent le rapport entre la dette et les exportations. Si ce ratio est supérieur à 150%, la dette est estimée « insoutenable ». Le pays peut ainsi poursuivre sa politique de réformes-clés et peut recevoir une aide intérimaire. Au terme du deuxième processus « flottant » (pas de limite de durée), le pays bénéficie d’une réduction de sa dette extérieure de façon à la rendre « soutenable ». On soulage le pays afin qu’il puisse continuer à payer au maximum. Mais l’on ne libère pas le développement des pays pauvres, on rend simplement leur dette vivable. De plus, la réduction des remboursements s’étale sur plusieurs années, pendant lesquelles la dette ne cessera de se reconstituer.
En novembre 2003, vingt-sept pays ont atteint la première phase et huit ont terminé le processus et bénéficient de l’aide. L’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin. Le Laos, également bénéficiaire potentiel a refusé d’entamer les réformes économique qui découlent de l’initiative PPTE. Ses dirigeants ont estimé qu’elles apportaient plus d’inconvénients que d’avantages. Pour exemple : L’Ouganda, allié privilégié des Etats-Unis en Afrique centrale, a été le premier pays bénéficiaire de cette aide d’allégement de sa dette bilatérale. Les sommes libérées pour l’initiative PPTE on permis la gratuité de l’école primaire. Certes la scolarité a augmenté mais la chute du cours du café, la principale ressource du pays, a privé le pays d’autant de capitaux que ceux libérés par l’initiative PPTE. Un leurre, donc.
Hommage à Aimé CESAIRE-Père de la Négritude
[Aimé CESAIRE]
[ Aimé Césaire ]
Discours sur le colonialisme
"La connaissance poétique est celle où l'homme éclabousse l'objet de toutes ses richesses mobilisées."
[ Aimé Césaire ]
Sur la poésie
"Le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme."
[ Aimé Césaire ]
Une saison au Congo
"La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l'efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté."
[ Aimé Césaire ]
L'art poétique
"La justice écoute aux portes de la beauté."
[ Aimé Césaire ]
Moi, laminaire...
"L’homme de culture doit être un inventeur d’âmes."
[ Aimé Césaire ]
"La démarche poétique est une démarche de naturation qui s'opère sous l'impulsion démentielle de l'imagination."
[ Aimé Césaire ]
L'Art poétique
[ Aimé Césaire ]
La Tragédie du roi Christophe


